Le politique à hauteur d'homme
- Cédric SZABO
- il y a 8 heures
- 3 min de lecture

Merci à Daniel Cueff pour cet essai sur son parcours d'élu. Peu après le renouvellement des 35000 conseils municipaux et à quelques mois de la Présidentielle, on aimerait lire dans les prolégomènes des programmes de la nuée de candidats recensés, des contenus aussi visionnaires sur les enjeux d'aménagement du territoire et de leur corollaire, les conditions de l'action publique locale.
Ne perdez pas votre temps, ne cherchez pas ailleurs pour l'instant.
Parce qu'avant d'être la trace d'un élu, ce court essai est l'esquisse déjà fournie d'une cohérence globale, depuis l'enfance et encore en projection vers l'accomplissement du mandat régional en cours et plus largement d'une réflexion utile à cette nécessaire métamorphose de l'aménagement du territoire.
C'est là que l'auteur convoque notamment sa « signature » sur les actions en matière de transition écologique « à hauteur » d'habitants.
Cette politique permet justement de toucher du doigt le faire de l'élu, pas la réalisation finie, même si y sont évoquées ces fiertés de maire, mais ce qui est dans le moteur, avec en plus le style, la personnalité.
On passe tour à tour de son rapport au monde aux modalités de mise en œuvre de l'action communale à Langouet (600 habitants et 700 hectares en Ille et Vilaine) où comme souvent l'élu le devient, dit-il, souvent, par hasard. Galéjade dirait-on dans le sud.
C'est la première certitude. Ce n'est jamais par hasard. Tant par le passé (l'éducation populaire et les luttes) qui forge le goût du collectif, que ce qu'il aura réalisé, on comprend que ce breton d'adoption de 71 ans est devenu maire pour agir et "envisager la politique autrement", le sous-titre du livre.
Cet ouvrage est d'abord un outil méthodologique, un sorte de discours de la méthode, qui décrit, revient par itération sur les ferments de cette cohérence, la difficile mécanique de l'action publique qui côtoie au quotidien la satisfaction de l'accomplissement. Jacques Delors avait déjà pris le titre, la trace c'est « l'unité d'un homme ».
Il rend l'action communale compréhensible, accessible, avec des mots de la vie de tous les jours et comme tous les engagés. Il conclut en donnant les germes aux suivants pour que l'espèce se perpétue !
Il le fait par cet enthousiasme latent qui transpire dans ce livre aux côtés des difficultés, de l'adversité, qui vient souvent dans le monde local de là où on penserait ne pas l'attendre : de cet Etat, acteur paradoxale, plutôt épargné dans l'ouvrage, soulignant néanmoins sa part de frein incompréhensible et surtout sa contribution majeure à l'émergence du scepticisme de la population et des élus.
La bombe a déjà explosé. Le livre propose le temps d'après sur les décombres.
Daniel Cueff livre quelques recettes, encore en cours de préparation dans la cuisine régionale qu'il a investi après ses mandats communaux.
Ça sent bon dans cette Bretagne généreuse même si le cuistot attend encore de savoir s'il aura tous les ingrédients avant l'arrivée des convives.
Autre signe de ces élus que j'ai la chance de côtoyer. La détermination suinte.
Positivement de la première à la dernière page, celle de cet artisan inusable de la démocratie et de l'action locale, incarne cette subsidiarité qui n'arrive pas à faire son trou dans le débat politique national.
Restent des angles morts par nécessité et pour inviter les autres à les traiter après une longue vie d'investissement public ; notamment pour savoir comment cette effervescence rurale et communale parviendra ou pas à convaincre qu'elle est parmi les éléments les plus précieux pour affronter le monde qui vient.
Une question qui taraude beaucoup d'acteurs locaux. Comment passer de l'horizontal (l'auteur a été un des fondateurs de l'Association d'entraide bretonne entre maires, Bruded - une de ses fiertés de cet homme soucieux du collectif et de sortir le maire de son territoire, pour apprendre lui, mais aussi aux autres) au « vertical montant » quand les ruralités peinent à juguler la verticalité descendante d'Etat que l'auteur juge durement « Le terrain est nié. La proximité disqualifiée ».
Pour conclure et proposer une alternative, on retiendra deux dimensions clés du futur possible et désirable :
La considération pour nos citoyens et nos espaces s'exerce bien mieux à l'échelon local, dès le premier kilomètre.
Pour le faire mieux que d'autres, une condition sibylline est glissée dans l'ouvrage : les élus doivent avoir du courage.
Au delà des spindoctor en goguette et grassement payés dans les arrière-cours présidentielles, à qui on impose la lecture immédiate de ces 132 pages, l'invitation vaut aussi pour les 500 000 élus qui auraient envie de savoir comment acquérir ce courage en début de mandat.
Editions Apogée – 132 p – 12 €



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